lundi 19 janvier 2009

PROJET DE FONDATION A GITEGA - BURUNDI


A.M. Zacharie IGIRUKWAYO, o.c.d.

UNE MAISON DE RETRAITE

Apostolat spirituel au service de l’Église du Burundi.

Les carmes de la Délégation provinciale du Rwanda et Burundi relevant de la juridiction de la province de Cracovie (Pologne), après une présence de plus de trente-cinq ans au Burundi, ont jugé le moment venu de fonder une troisième maison qui puisse offrir au peuple et à l’Église du Burundi, un autre aspect du charisme thérésien, complémentaire aux deux autres offerts par la paroisse de Musongati et la maison de formation de Bujumbura. Il s’agit d’une maison qui serait composée d’un centre de spiritualité et d’une communauté qui serait engagée particulièrement dans l’apostolat spirituel à Gitega. Après Bujumbura, Gitega est la seconde ville du Burundi, située au centre du pays, à 101 km de Bujumbura. Depuis longtemps, Gitega est pressentie comme future capitale administrative du Pays. La ville compte un bon nombre de communautés religieuses et d’écoles secondaires. La nouvelle fondation sera une occasion d’offrir au peuple ce que ni la paroisse ni la maison de formation ne peuvent facilement rendre disponible :
un espace et un climat de recueillement où il soit possible de participer à l’oraison ;
avoir des retraites, des rencontres et des sessions ;
puiser de l’expérience des saints du carmel et d’autres spirituels de l’Église les dynamiques nécessaires pour structurer l’itinéraire personnel de croissance dans la foi des individus et des groupes pour le bien de l’Église et du monde, etc.

UN COUVENT
La communauté : lieu d’expression et de visibilité du charisme
carmélitain.

Le projet d’une troisième communauté a surgi du désir d’offrir une image d’un style de vie et d’apostolat complémentaire à celle que nos deux communautés actuelles montrent déjà. Le service de la communauté de Gitega au peuple chrétien ne sera pas directement un apostolat paroissial d’évangélisation et le cadre ne sera pas comme celui d’une maison de formation. La priorité sera donné à un apostolat d’accueil et d’écoute, de confessions, d’accompagnement spirituel des individus et des groupes, etc.
Jusqu’à présent, notre présence au Burundi se résumait en une paroisse rurale, Musongati dans le sud-est du pays, et une maison de formation à Bujumbura la capitale dans l’ouest du Pays. La maison de Bujumbura est située dans sur un terrain très petit, acquis en 1999. L’espace n’y est pas suffisant ni pour l’accueil d’un grand nombre de frères, ni pour répondre aux besoins des chrétiens d’alentour. La chapelle peut pas accueillir plus d’une dizaine de personnes alors que nous devrons accueillir au moins les personnes qui passent continuellement pour les confessions et la fraternité du scapulaire qui s’est formée et compte désormais beaucoup de personnes. En plus, notre maison est construite dans un coin du croisement de deux rues très fréquentées ; il n’y a pas de moments de la journée où l’on soit à l’abri bu bruit des voitures et des passants.
La communauté de Gitega servira aussi comme témoignage dans le cadre de la promotion vocationnelle. Les jeunes qui frappent à notre porte pourront voir une communauté vivante qui exprime notre style de vie et exerce un apostolat de genre spirituel dans l’Église. Après tant d’années de sécheresse où nous n’avions pas de vocations et le peu de jeunes qui venaient ne persévéraient pas, les jeunes prennent de plus en plus d’intérêt à nous fréquenter et nous enregistrons une certaine continuité de demandes d’entrée même si l’on ne peut pas parler de grande affluence de vocations.

PRESENCE DES CAMELITES DECHAUSSEES AU BURUNDI

Une communauté contemplative selon l’esprit de Sainte Thérèse d’Ávila

Le Burundi se situe au sud du Rwanda. Les deux pays ont beaucoup de choses en commun y compris la similitude de la langue et de la culture. Cependant le Rwanda comptait trois monastères de carmélites jusqu’en 1994 alors que le Burundi n’en compte aucun. Aujourd’hui il en compte deux car, après le génocide de 1994, de l’exil à Arras (France), la communauté de Remera-Ruhondo (dans le nord du Rwanda) décida de rentrer en Afrique, pas pour un retour au Pays, mais pour une fondation en Côte d’Ivoire (Logbakro près de Yamoussoukro). Le Burundi a donné au Carmel trois de ses filles. La sœur Josefa est morte au monastère de Nyamirambo (Kigali) en 2001. , Les deux autres, après avoir évolué respectivement dans les monastères du Rwanda et du Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo), appartiennent aujourd’hui aux monastères respectifs de Bruxelles en Belgique (Sr Marguerite) et de Surieu en France (sr Bernadette). Elles n’ont cessé de désirer le Carmel au Burundi et de prier pour cette intention. Quand la sœur Marguerite de Bruxelles a appris la nouvelle, elle n’a pas hésité un instant à offrir sa possibilité, et sa communauté lui a déjà concédé son autorisation ; un grand merci pour ce sacrifice de la communauté de Bruxelles. La sœur Bernadette ne cesse d’offrir ses sacrifices et ses prières pour ce monastère en fondation.
La fondation répond à un grand désir de l’Église locale du Burundi. Celle-ci n’a cessé de demander la présence des carmélites. En 1985, tout était prêt pour une fondation dans le diocèse de Gitega à la demande de feu Mgr Joachim RUHUNA (mort assassiné en 1996), précisément à 12 kilomètres de la ville de Gitega, proche de la paroisse de Giheta. Des sœurs polonaises apprenaient le français en France pour se préparer à cette fondation. Le régime politique anticlérical d’alors ne leur permit pas l’entrée au pays pendant que les missionnaires se voyaient refusé le renouvellement du visa de séjour au pays. Elles durent retourner dans leurs monastères respectifs en Pologne et renoncer à la fondation. Son successeur, Mgr Simon NTAMWANA, a pris la relève. Il fallait l’entendre annoncer publiquement aux chrétiens réunis à l’occasion de la célébration du 75ème anniversaire de la paroisse de Makebuko en des termes de reconnaissance aux carmes et aux carmélites pour le grand don de la fondation qu’ils allaient offrir à l’archidiocèse.
L’appel pour la fondation a été relancé par les carmes du Burundi et du Rwanda qui ont repris et mis à jour la demande de l’Église locale. Malgré leurs capacités économiques très maigres, fortes de l’esprit de foi et d’une maturation communautaire de la réponse à donner à la demande reçue, les carmélites déchaussées de Cyangugu dans l’Ouest du Rwanda réunies en chapitre ont accepté d’assumer la responsabilité de la fondation du monastère de Gitega. C’était beau d’entendre la prière dire à l’Assemblée des monastères associés d’Afrique francophone que le discernement s’est basé sur deux critères : un acte de foi qui a fait percevoir que c’est le Seigneur qui revenait frapper à la porte comme il l’avait fait avant à travers les évêques du Burundi ; une communion dans la communauté qui a cheminé unie dans la prière et la réflexion. Elles ont mis à la disposition de la fondation quatre sœurs volontaires dont la responsable, Sr Aurea Nasingizweyezu. La cinquième, sœur Thérèse Marie Redempta, provient du monastère de Kigali. Elles sont rejointes par la sœur Marguerite, burundaise, du monastère de Bruxelles (Belgique).
En attendant d’atteindre le nombre de huit requis par les constitutions pour l’érection du monastère, les moniales ont déjà obtenu l’autorisation signée de Mgr Simon NTAMWANA. Le Père Général qui a rendu à la communauté une visite fraternelle fin juillet 2008, a exprimé oralement son accord à cette fondation pour les trois raisons suivantes : c’est la réponse à une demande d’Église dans laquelle il n’y a pas de carmélites cloîtrées jusqu’à présent, la fondation est l’œuvre du monastère de Cyangugu et non pas une initiative d’une moniale ou d’un groupe de moniales, il y a un espoir fondé que le monastère en fondation aura des vocations tout comme le monastère de Cyangugu. Ce critère est important car le nombre sera réduit de part et d’autre. En effet, quand le chapitre du monastère de Cyangugu a accepté le principe, elles étaient neuf au chapitre, maintenant elles sont 11, mais elles détachent 4 pour la fondation. L’Évêque de Cyangugu, Mgr Damascène Bimenyimana, supérieur ecclésiastique du monastère de Cyangugu, a donné sa permission. La communauté de Cyangugu attend seulement le rescrit de fondation qui est de la compétence de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique. Entre-temps, des visites des lieux ont été déjà faites, le diocèse a accepté de vendre encore aux sœurs deux hectares pour qu’elles aient l’espace suffisant pour leurs besoins d’agriculture et d’élevage.


POURQUOI MAINTENANT ?
Les carmes sont établis au Burundi depuis 1971. Pour diverses raisons – la connaissance insuffisante du milieu, une histoire d’instabilité politique et d’insécurité pendant plus de trois décennies, l’urgence de la formation des premières vocations autochtones pour le futur de la présence du Carmel au Burundi –, nous n’avons pas encore une maison de retraite en ce pays.
Nous connaissons un peu mieux la situation du pays maintenant. Malgré les turbulences qui accompagnent ces moments, nous avons un espoir fondé que le pays s’achemine vers une certaine stabilité politique et une certaine sécurité. Nous avons maintenant 4 profès solennels originaires du Burundi tous déjà prêtres. Monseigneur Simon NTAMWANA, archevêque de Gitega, avec qui nous avons déjà eu plusieurs contacts, nous accueille volontiers en son diocèse. Et pour preuve, grâce à son intervention, c’est le Conseil économique du diocèse qui nous a vendu 11 hectares. L’acquisition du terrain a été possible grâce à un fonds consenti par la province OCD de Cracovie dont la mission du Burundi et du Rwanda dépend juridiquement. Des 11 hectares, quatre ont été cédés aux moniales.


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dimanche 23 novembre 2008

Z krainy Wielkich Jezior do Serca Afryki

Kochani przyjaciele misji karmelitanskich! Dziekujemy Wam bardzo goraco za modlitewne i finansowe wspieranie naszych misji, ktore 3 lata temu przekroczyly poniekad granice Burundi i Rwandy i dotarly do geograficznego serca kontynentu afrykanskiego czyli do Repbuliki Srodkowej Afryki. (Be Afrika w tutejszym jezyku Sango oznacza doslownie Serce Afryki).Aby lepiej zrozmiec te nowa sytuacje przypomne, w telegraficznym skrocie, glowne wydarzenia zwiazane z geograiczno-politycznym kontekstem formacji zakonnej i kaplanskiej na przestrzeni blisko 40 lat naszej obecnosci w Krainie Wielkich Jezior.
Posluga misyjna polskich karmelitow rozpoczela sie w 1971 r., w malutenskim kraju Afryki Centralnej, w Burundi, ktorego fizjonomia spoleczno-polityczna nie jest obca czytelnikom Amahoro. Odpowiadajac na wezwanie Chrystusa: Idzcie na caly swiat i nauczajcie wszystkie narody..., Polscy Karmelici wpisuja sie tym samym w burzliwy nurt historii tego kraju, kosciola i narodu, ktory do dzis porusza serca i niepokoi sumienia tych, ktorym nie jest obojetny los czlowieka. Problemy polityczne w 1984 zmusily misjonarzy do masowego exodusu, w wyniku ktorego grupa polskich karmelitow dotarla do sasiedniej Rwandy, aby zaszczepic tam charyzmat karmelu. Niestety, rowniez i w tym kraju nie cieszyli sie oni dlugotrwalym pokojem. Bratobojcza wojna domowa w Ruandzie w 1994 r., zabrala przerazajacy plon ponad million istot ludzkich i dotknela bardzo bolesnie relacje miedzyplemienne Rwandyjczykow. Nie pozostala ona rowniez obojetna na implantaio ordinids (zaszczepienie zakonu) w tym kraju i na formacje braci, przygotowujacych sie do zycia zakonnego i do kaplanstwa.
Z powodu wojny, Br. Antoine Marie Zacharie IGIRUKWAYO, swiezo wyswiecony diakon, zmuszony byl opuscic Delegature Burundi-Rwanda, aby odbyc staz diakonski i przygotowac sie do swiecen w Polsce, gdzie tez przyjal swiecenia kaplanskie w 1995 r. Natomiast dwaj bracia profesi: Jean François NKUNZIMANA (rwandyjczyk) i Libère Marie SARUYE (burundyjczyk) zostali wyslani na foramcje do Francji, ktora ukonczyli z powodzeniem i zostali wyswieceni na kaplanow kolejno w 1999 i w 2000 r. W tym samym 2000 r., po dlugiej formacji, swiecenia kaplanskie przyjal O. Cyrille Barutwanayo (burundyjczyk).
Po burzliwych wydarzeniach wojny domowej w Rwandzie, Karmelici wznawiaja dzialalnosc formacyjna otwierajac dom nowicjacki w Butare. Z naboru post-wojennego cieszymy sie dzisiaj powolaniem zakonnym O. Jean Bosco (burundyjczyka), ktory zostal wyswiecony na kaplana w tym roku, 23 sierpnia w Gitega, Burundi. Jest on piatym kaplanem-autoktonem naszej delegatury.
W 1998 r. zakupiony zostal dom w Bujumbura (Burundi) przewidziany jako dom formacji filozoficznej. Niestety, eskalacja bandytyzmu i niepewnosci politycznej w tym kraju a zwlaszcza w samej stolicy Bujumbura i jej okolicy zmusila przelozonych do zamkniecia domu i wynajem innego w Kabgayi, w sasiedniej Rwandzie, gdzie bracia pozostana dwa lata, aby studiowac filozofie w pobliskim Wyzszym Seminarium Diecezjalnym. W tym samym czasie studia teologii maja miejsce w murach Wyszego Seminarium Duchownego diecezji Butare w Nyakibanda, oddalonym o 12 km od Butare. Bracia-studenci teologii przebywaja tam od poniedzialku do piatku, weekendy natomiast spedzaja w naszym klasztorze w Butare.
Dla czytelnika, ktory nie jest wtajemniczony w styl zycia i formacji zakonno-kaplanskiej w karmelu powyzszy opis nie budzi wiekszych emocji, ale z punktu widzenia formacyjnego sytuacja ta kwalifikuje sie na wyjatkowo i jako taka rodzila ona pewne napiecia zarowno ze strony formowanych jak i formatorow. Jako antidotum na swoistego rodzaju impas formacji zakonnej w naszej Delegaturze pojawila sie propozycja i bardzo szybko decyzja o wspolpracy w dziele formacji z Prowincja Genuenska Karmelitow Bosych (Wlochy), obecna w Republice Srodkowej Afryki od 1971 r. Jej glownym inspiratrorem byl wspomniany juz O. Zachriasz IGIRUKWAYO, (obecny definitor generalny odpowiedzialny za Karmel w Afryce i na Madagaskarze).
We wrzesniu 2005 r., grupa 4 braci studentow, pod opieka O. Fryderyka Jaworskiego, opuszcza Kraine Wielkich Jezior, aby skierowac sie do malenkiego miasteczka Bouar, polozonego 450 km na polnoc od stolicy Be Afrika - Bangui. (Ta migracja w kierunku serca pozostaje dla nas czyms niezwykle symbolicznym).
Na dzien dzisiejszy nasza diaspora w Bouar liczy pieciu braci (4 rwandyjczykow i 1 burundyjczyk), ktorzy odbywaja studia teologiczne: Brat Gallican Ndwimana jest juz na czwartym roku, Brat Jean Claude Ndatimana na drugim i trzej pozostali na pierwszym roku teologii: Jean Marie Vieanney Sakubu, Jean Marie Vianney Uwamungu i Céléstin Muhire. Bracia dojezdzaja codziennie na pobliski Instytut filozoficzno-teologiczy sw. Wawrzynca (Institut Saint Laurent), ktory miesci sie w budynkach OO. Kapucynow, odpowiedzialnych za jego organizacje i funkcjonowanie. Otwarcie instytutu bylo owocem glebokiej refleksji doknanej przez pracujacych w diecezji Bouar Ojcow Kapucynow i Ojcow Karmelitow Bosych, ktorzy odpowadajac na potrzebe czasu, podjeli odwazna decyzje kontynuacji dziela formacji kapolanskiej i zakonnej zainicjowana 10 lat wczesniej otwarciem budynku Nizszego Seminarium w Yolé, oddalonym o 7 km od Bouar.
Na temat blaskow i cieniow naszej pracy formacyjnej w Bouar moza by pisac dlugo. Moze innym razem bedzie ku temu okazja. Tymczasem koncze to krotkie i powierzchowne itinerarium formacyjne naszej Delegatury, jeszcze raz bardzo goraco Was wszystkich pozdrawiam, zapewniam o naszej wdziecznosci za wszelkie przejawy Waszej zyczliwosci wobec Afryki. Pamietamy o Was w modlitwie i ufamy, ze rowniez i Wy, powierzajac Bogu nasze misje w Burundi i Ruandzie, nie zapominacie i naszej diasporze w sercu Afryki. Tak wiec Serce Afryki (Be Afrika) liczy na Was. Dziekuje z gory ze wszelkie dobro i do nastepnego razu.

O. Fryderyk, Wieslaw Jaworski, ocd
Bouar – RCA

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fryderyk@karmel.pl
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Adres skype: fryderykocd
Telefon : +236 70907353

samedi 23 août 2008

Bref aperçu historique de la mission des Carmes Déchaux au Burundi-Rwanda

Introduction
L’Ordre du Carmel est un institut religieux de vie contemplative. Il doit son origine à la communauté des ermites installés sur le mont Carmel en Palestine. Elle fut établie en communauté en 1156, mais c’est en 1209 qu’elle reçut de saint Albert la Règle primitive. Fuyant l’invasion musulmane de la terre sainte, les carmes ont perdu leur vocation première. Ils passent du mode de vie érémitique vers le mode des Ordres mendiants. Sainte Thérèse d’Avila (1515- 1589), avec l’aide de Jean de la Croix (1549-1591) entreprend de renouveler l’Ordre conformément à l’esprit primitif de la première Règle. Le prophète Elie, homme saint et solitaire est l’inspirateur de l’Ordre ; La Vierge Marie est sa Patronne et Protectrice. La réforme de Thérèse a introduit une séparation en deux branches : celle de l’ancienne observance non favorable à la réforme, et celle qui suit la réforme qui devient dès lors le Carmel thérésien. Ses adeptes sont les Carmes déchaux et les Carmélites déchaussées. Nous allons parler de la présence de ceux-ci et de leur apport spécifique à l’église du Rwanda. Ils sont présents dans deux diocèses : Butare et Ruhengeri. Voyons d’abord les éléments de leur charisme.

Le charisme thérésien
Le premier chapitre des Constitutions des Carmes déchaux récapitule les éléments essentiels du charisme thérésien. Le projet de Thérèse est de restaurer un Carmel tout entier tendu vers la prière et la contemplation des choses divines, fidèle à l’évangile et à la Règle primitive, composé de membres peu nombreux et choisis à l’instar du petit troupeau de l’Evangile, fondé sur la vie retirée, la prière et la stricte pauvreté (voir n°5 des Constitutions). Elle crée, pour ainsi dire un genre de vie basé sur l’oraison, et lui donne de nouvelles intentions apostoliques qui orientent toute la vie du Carmel réformé dans un service spécifique de l’Eglise. La contemplation et l’action se compénètrent mutuellement. Le silence, la solitude et l’austérité offrent un climat favorable et indispensable pour une vie contemplative. Saint Jean de la Croix est la vivante image du vrai Carme. Dans sa vie comme dans ses actions et son enseignement resplendit la vocation du Carmel réformé.Le Carmel est tout entier marial. Le titre officiel « Ordre des Frères de la Bienheureuse Vierge Marie du Mont Carmel » situe ses membres dans une relation particulière de fraternité avec Marie sous la protection de laquelle ils recourent. Le signe extérieur de la dimension mariale du Carmel est le scapulaire.

L’âme de tout apostolat
Pour parler du Christ, il faut en vivre.
Il faut se le dire, comme nous l’enseigne Dom Chautard, « le message évangélique ne se réduit pas à l’énoncé de vérités à croire, de vertus à pratiquer et de sacrements à recevoir ; il engage toute la personne et doit se traduire dans la vie quotidienne de celui qui enseigne, sinon ses efforts resteront à peu près stériles ». Pour parler du Christ, il faut vivre de lui. C’est là d’ailleurs le vrai problème de l’évangélisation. Il ne s’agit pas d’abord de doctrine, mais de la personne vivante et présente du Christ. Car « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croît en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle » (Jn 3, 16) Comment parler du Christ avec conviction si on n’a pas le cœur et l’esprit remplis de lui ? Comment prétendre former le Christ chez les autres s’il n’est pas d’abord et avant tout formé en nous-mêmes ? Il n’y a qu’une solution : se consacrer totalement à Dieu, puis se tourner vers le prochain.
Tout à Dieu et tout aux autres
La vie d’union à Dieu et l’activité de l’apôtre sont indissociables. De même que l’amour de Dieu se révèle par la recherche de son intimité, ainsi l’amour du prochain se manifeste par une activité en sa faveur. Il en résulte que l’intimité avec Dieu est inséparable de l’apostolat en faveur du prochain. Dom Chautard dira que « loin d’être antagonistes, la vie contemplative et la vie active sont deux sœurs inséparables. Elles s’appellent l’une l’autre, elles se supposent et se complètent ». L’on ne peut pas se passer de Dieu et communiquer aux hommes la vie divine. Le médecin peut guérir des malades sans se bien porter, mais pour soigner les maladies de l’âme, il faut une réelle santé morale. Parler de la prière sans en vivre, prêcher la charité sans la pratiquer, recommander la douceur et l’humilité sans donner l’exemple, autant emporte le vent ! L’apôtre n’est pas le propagandiste d’une idée ou d’un système, mais le témoin de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Il laissera Dieu agir par lui : son action sera le rayonnement de l’amour et de la bonté de Dieu.
N’est-ce pas là ce que Sainte Thérèse d’Avila recommande à ses fils et filles ? Elle veut que dans l’Ordre, la contemplation et l’action se compénètrent mutuellement. Il faut brûler et briller, car, comme dit saint Bernard, « la parole émeut, l’exemple entraîne » (Verba movent, exempla trahunt). Ainsi, pour mettre l’incroyant en présence de l’Evangile, il faut l’amener à lire dans ta vie (ton témoignage). C’est la pré-lecture qui le prépare à la lecture de l’Evangile dans le texte. Comment le frère carme arrive-t-il à marier la prière et l’action concrètement ?

L’activité missionnaire des Frères Carmes au Rwanda
Il va sans dire que l’apostolat doit s’inscrire dans le cadre du charisme propre de l’Institut. Il est en effet requis à un carme de « donner au monde un témoignage de l’Absolu de Dieu et de la vanité des choses terrestres, par la prière et des activités apostoliques qui soient le fruit de cette union avec Dieu » Numériquement, l’apostolat des Frères au service de l’Eglise au Rwanda s’exprime en ces points : apostolat de vie de prière personnelle et communautaire ; une assistance spirituelle auprès de leurs sœurs carmélites ; une assistance aux groupes scapulaires qui augmentent du jour au jour ; l’accompagnement spirituel et le service de la réconciliation ; offrir aux hommes d’aujourd’hui des lieux de silence et de solitude pour un partage de la vie de prière ; la parole de Dieu, la vie spirituelle en général et la méditation en particulier enseignée sous diverses formes ; retraites et récollections ; groupes de prière et cours d’oraison.
S’agissant de l’apostolat des retraites et récollections, la maison « Mater Carmeli » de Butare est un lieu privilégié de prière. Elle offre un climat de silence et de solitude aux personnes en quête de la rencontre et de la communion avec Dieu. En plus des chapelles, il y a un jardin vaste et aménagé pour prendre le souffle vital. Les Pères se disponibilisent pour administrer les sacrements à ceux qui le demandent spontanément. Chaque deuxième dimanche du mois est une journée de récollection aux religieux et laïcs qui le désirent.
Le groupe scapulaire offre aux laïcs la possibilité de participer au charisme thérésien. Le port du scapulaire matérialise leur dévotion à la Vierge Marie. Père Zacharie souligne : « Le scapulaire introduit dans la fraternité du Carme( …)et il engage à vivre l’idéal de cette famille religieuse – l’amitié intime avec Dieu dans l’oraison - ; nous présente l’exemple des saints et saintes du Carmel avec qui s’établit une relation de frères et sœurs ; exprime la foi en la rencontre avec Dieu dans la vie éternelle avec l’aide de l’intercession et de la protection de Marie » Les frères ne sont pas les seuls présents au Rwanda. Il y a aussi des sœurs, les cloîtrées et les actives. Brièvement voyons leur apport.

Le Carmel féminin au Rwanda
Le Rwanda connaît les sœurs carmélites cloîtrées et les sœurs carmélites de vie active. Parmi ces dernières, nous distinguons : les Sœurs de Vierge Marie du Mont Carmel (ancienne observance) ; les Sœurs Carmélites de l’Enfant- Jésus et, les Sœurs Carmélites Missionnaires Thérésiennes. Qu’apportent – elles à l’Eglise du Rwanda ?
De la dimension spirituelle et communautaire de cette famille (surtout pour les cloîtrées), il faut dire que « prière, formation, travail, récréation et échanges sont la vie quotidienne au Carmel. Par l’Eucharistie et la liturgie des heures, la communauté s’unit à la louange éternelle du Christ en union avec l’Eglise pour le salut du monde. L’oraison personnelle imprègne l’existence des carmélites». Comme apostolat, les Sœurs de vie active assurent le service auprès des malades (les soins de santé et les centres nutritionnels), et aident les pauvres. Elles s’occupent également de la catéchèse, de l’alphabétisation, de l’enseignement et donnent un coup de main à la paroisse.

Défis et perspectives d’avenir
Les défis à relever sont ceux du monde actuel en mutation toujours croissante. Or le Carmel ne vit pas hors du monde. La constitution « Gaudium et Spes », dans son introduction, rappelle que les changements dans le monde sont rapides ; des mutations qui requéraient autrefois des siècles surgissent aujourd’hui en peu de temps ; universels, ils affectent tout et tous ; profonds, ils atteignent tout l’être humain et sa réalité personnelle, familiale et sociale. De façon simplifiée, on peut parler de l’existence des phénomènes comme la sécularisation, la libération, la globalisation et la nouvelle éthique. Le Carmel en est sensible. C’est ainsi que le chapitre général (2003) invite à « Repartir de l’essentiel. Par cette expression, il veut simplement souligner le constant mouvement de reprise du chemin évangélique, nous invitant à une conversion spirituelle. « Repartir » signifie en effet, entre autres, répéter ou accentuer les valeurs essentielles du charisme carmélitain hic et nunc. Il ne s’agit donc pas de nier ce qui s’est fait dans un passé récent ou lointain, mais d’y insuffler un dynamisme croissant qui permette toujours de tendre vers l’idéal que propose Jésus et l’Esprit Saint qui guident la vie des individus, des groupes, de l’Eglise et du monde.

Conclusion
Retenons au terme de notre parcours que l’Ordre du Carmel, institut religieux intégralement ordonnés à la contemplation, exerce une mission importante au Rwanda. Méditer jour et nuit la loi du Seigneur, tel est son style de vie. Cela ne doit pas faire entendre que les Carmes et Carmélites s’enferment dans leurs couvents et monastères vaquant seulement et uniquement au salut de leurs âmes. Ils évangélisent, tant par leur témoignage de vie (de prière) que par l’activité concrète qu’ils exercent.
Le Rwanda bénéficie donc, grâce à la présence des Carmes et Carmélites, du témoignage de vie de prière contemplative. Mais en plus de ce témoignage de présence de Dieu, les Carmes et Carmélites exercent un apostolat actif au service du peuple rwandais. C’est ainsi que l’Ordre réalise ce qui est statué au n°7 du décret « Perfectae Caritatis » : « Les Instituts ordonnés à la contemplation, en sorte que leurs membres vaquent uniquement aux choses de Dieu dans la solitude et le silence, dans la prière assidue et une joyeuse pénitence, conservent toujours, si urgente que soit la nécessité d’un apostolat actif, une place de choix dans le corps mystique du Christ dont les membres n’ont pas tous la même fonction. » L’Ordre du Carmel reste ouvert aux changements du monde actuel en évolution toujours croissante. Il s’adapte aux nouvelles circonstances tout en conservant son charisme propre selon les critères pratiques de rénovation adaptée, tels que définis par le Concile Vatican II au n°3 du décret « Perfectae Caritatis ». Ainsi, il évangélise le monde par son style de vie tant contemplatif qu’actif.